[INTERVIEW] Smart City : 3 questions à Cynthia Ghorra Gobin, spécialiste de l'urbanisme et de la mondialisation

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[INTERVIEW] Smart City : 3 questions à Cynthia Ghorra Gobin, spécialiste de l'urbanisme et de la mondialisation

Date : Publié par Tags : smart city, society, globalisation

Qu’est-ce qu’une ville intelligente ?


J’adhère à la définition basique sur laquelle tout le monde s’accorde. La ville intelligente correspond à une optimisation technique du fonctionnement de la ville et de l’offre de services urbains grâce à la maîtrise des données numériques dans des domaines aussi variés que la mobilité, la transition énergétique ou encore la qualité de l’air. Le Parlement européen ajoute « une initiative municipale mobilisant de multiples parties prenantes ».
Aussi la ville intelligente fait référence au « tournant numérique » (smartphone inclus) qui transforme les villes et exige une coopération entre les différents protagonistes du projet. Cette définition a priori technique est à l’origine de discours qui peuvent varier en fonction des acteurs : les entreprises, les élus, les chercheurs et les habitants. Aussi pour certains elle véhicule le message de l’émergence de l’intelligence collective (plutôt que de l’intelligence artificielle), du civisme numérique, de l’instauration d’une relation directe entre l’élu et les personnes administrées (e-democracy), bref du vivre-ensemble.

A quels enjeux du futur « la ville intelligente » veut répondre ? Est-ce un projet viable ou utopique ?


La « ville intelligente » ne répond pas vraiment à un enjeu particulier de la ville. C’est une idée qui a émergé dans la sphère des GAFA, soit les entreprises qui ont pour objectif de dessiner les futures modes de vie urbains à l’échelle planétaire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, j’utilise le terme anglais, ‘smart city’, comme vous pouvez le constater en consultant le dossier de la revue Quaderni . Il s’agit de bien souligner la genèse anglo-américaine et de prendre distance par rapport au discours élogieux et ambiguë des entreprises.


La ville intelligente est plus qu’un projet, elle représente un marché mondial, comme l’indique en France le rapport au premier ministre de Luc Bellot (2017). Ce marché globalisé ne cesse de croître et atteindra 29 milliards d’Euros en 2020. Au niveau de l’État on s’interroge sur le positionnement des entreprises françaises à l’image de la plupart des États. Les manifestations comme le Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas (Nevada) ou encore le Smart City Expo World Congress de Barcelone qui se déroule tous les ans depuis 2011 font l’objet de sérieux investissements de la part des entreprises et des États. Comme indiqué dans l’introduction du dossier Quaderni, la ville intelligente est en même temps une utopie puisqu’il est question d’un réenchantement. Certains à la suite de l’ingénieur Antoine Picon parlent de l’ « utopie collaborative » et d’autres à la suite du géographe Anthony Townsend évoque la « nouvelle utopie ». Mais c’est avant tout une « fiction » sociale (Sfez) instrumentalisée au profit d’une innovation technologique, soit une fiction renvoyant à l’idée de progrès.

La ville intelligente est-elle réellement compatible avec notre société actuelle ? Pourquoi ?


La ville intelligente est une idée qui relève des tenants de l’innovation technologique voire numérique. Elle exige une adaptation voire un renouvellement des modes de gestion traditionnels de la ville. Une première étape avait été franchie par les villes à la fin du 19 ème siècle quand elles ont intégré le principe de l’urbanisme des réseaux. A présent il est question de ‘réseaux’ et de ‘flux’ (Mongin). Au MIT le professeur Carlo Ratti évoque le principe d’un tournant dans le réseau des professionnels gravitant dans la fabrication de la ville. Les élus auraient de moins en moins recours aux architectes et de plus en plus aux ingénieurs.


Mais la ville intelligente représente également de sérieux enjeux pour la vie privée des personnes puisqu’il est question d’Open Data (accès aux données) et de Big Data (statistiques de masse). Certains parlent du « capitalisme de la surveillance ». Aussi la ville intelligente fait l’objet de nouveaux programmes d’enseignement et de recherche dans l’enseignement supérieur qui concernent non seulement dans les disciplines de l’ingénieur mais également les sciences sociales et les études urbaines. Ce qui signifie que d’importantes mesures et précautions sont prises pour assurer l’avènement de la ville intelligente.

Pour conclure, on évoquera la dimension civique qu’apporte la ville intelligente en dépit des critiques sur l’idée de surveillance. Avec le téléphone portable et une application il est possible de signaler à un service de la ville, un problème identifié dans une rue ou dans un jardin public.

Ce fait suscite un discours positif sur la participation des habitants et plus exactement sur les comportements civiques des habitants. La SC inventerait de nouvelles façons du « vivre-ensemble » incluant la participation des habitants. Les médias donnent l’exemple de la ville de Hambourg qui en 2017 a organisé une consultation auprès des habitants pour identifier les sites d’accueil de l’arrivée des 50.000 migrants.

 

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