Edito : Voitures autonomes Waymo détruites en Arizona, pourquoi ?

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Edito : Voitures autonomes Waymo détruites en Arizona, pourquoi ?

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C’est une ombre obsédante, et qui interroge. Le rituel et néanmoins prestigieux CES de Las Vegas (du 8 au 10 janvier), étant à peine clos, sont lot de lumières technologiques, médiatiques, planétaires étant toujours en plein éclat, demeure l’obscurité des événements de Chandler (périphérie de Phoenix), où des voitures autonomes Waymo  ont été littéralement attaquées par une partie de la population.

Alors : innovations fascinantes et nouveaux objets du rêve, ou décriées et parfois objets de haine ? Le contraste révèle probablement deux mondes, deux sociétés au sein de la société américaine (comme désormais au sein de la plupart des pays occidentaux). Mais il désigne également une histoire autrement plus complexe qu’imaginé :  l’adoption de la technologie ne va pas toujours de soi, loin s’en faut. Et si les réticences sont classiques, il est impératif de distinguer les oppositions de prudence face à l’inconnu, et les condamnations profondes, radicales, durables et pour tout dire compromettantes.

Entre ombre et lumières, cet Insight Blue vise à poser quelques jalons. Une certitude d’ores et déjà : le futur est certes une affaire de technologie et de business. Mais il est également, et peut être d’abord, l’expression des sociétés auxquelles il est promis, de leur acceptation et de leur rejet.

De manière générique, ces trois registres d’appréhension convergent vers la même idée : les menaces associées à une innovation technologique qui se commence à se diffuser. Sur le principe elles rappellent les premières oppositions au train à vapeur ou au téléphone portable.

Mais ce qui interpelle ici est l’ampleur des violences, révélatrice non uniquement d’une crainte, mais d’un ressentiment plus profond.

 

Les témoignages recueillis et les travaux réalisés sont éclairants : les « agresseurs » appartiennent souvent à des milieux sociaux modestes, culturellement assez loin du monde technologique des véhicules autonomes et de leurs promesses.

Phil Simon, professeur à l’université d’Arizona et auteur de plusieurs livres sur les technologies, le dit très bien : comment souscrire à cette vision du futur si vos revenus déclinent ? Le véhicule autonome apparait comme le symbole d’un monde en voie de gentrification. Les travaux de Douglas Rushkoff (Throwing rocks at the Google bus, 2016) vont également en ce sens.

 

Faire du véhicule autonome un phénomène de société.

A ce stade, le risque serait de voir les innovations technologiques se heurter au clivage majeur des sociétés occidentales opposant les «élites» au «peuple».

 

De manière symptomatique, il est frappant de constater que les véhicules autonomes ne sont pas associés à l’imaginaire de liberté et d’identité personnelle qui était associé à la « voiture » des années 1960, au cœur de la société de consommation. La voiture autonome n’est pas portée par un imaginaire de société, ni par l’éloge d’un « style de vie », qu’il soit consumériste, américain, environnemental ou autre. Il s’agit d’abord d’une prouesse technologique reconnue comme telle. Il peut s’agir également d’une « expérience personnelle ». C’est déjà beaucoup. Mais pour éviter les oppositions virulentes voire susciter un engouement futur, probablement faudra-t-il ériger le véhicule autonome en phénomène de société…

L’adoption des technologies : sous le charme de l’expérience, la puissance des modes de vie.

Un pas plus loin, ces « événements » de Phoenix, mis en regard de l’engouement de Las Vegas, disent autre chose :

 

L’importance accordée à « l’expérience », à « l’usage d’une technologie nouvelle est essentielle, nous y reviendrons.

Mais l’expérience n’est pas suffisante si l’innovation technologique n’entre pas en résonance avec les modes de vie, réels ou rêvés.

Et les tensions actuelles, donnant parfois lieu à un rejet virulent de certaines innovations, procèdent volontiers de ces décalages de modes de vie. Je rejette les innovations qui ne s’inscrivent pas dans mon mode de vie, ni même dans celui auquel j’aspire.

L’adoption des innovations s’inscrit ainsi sur un triptyque, qui au-delà de la fonctionnalité conjugue le charme de expérience, l’inscription dans les modes de vie réels ou idéaux, et les modèles globaux de société. Les succès des innovations procède véritablement de plusieurs mondes.

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